Texte de M Gérard
La
complainte du balai.
De mon débarras tous
les matins on me sort
Et l’on me fait courir
dans toute la maison
Pour y intercepter
les détritus retors
Qui traînaillent
depuis l'entrée jusqu'au salon.
Très vigoureusement je
suis mis en action,
On me tient par le
haut de mon corps long et mince,
Et l'on me fait danser
en travers et en long
Comme si j'étais pris
d'un delirium tremens.
C'est une manœuvre
sûrement calculée
Qui me projette dans
les coins et les recoins ;
Je passe et repasse,
si bien manipulé,
Que j'y ramasse les
déchets et les pépins.
Vous avez compris ! Je
ne suis que le balai,
Le vulgaire balai en
cheveux de cocos
Ou en tifs de soie ;
Un instrument fair-play
Que l'on met au
placard sitôt fait son boulot !
Et cela me plait de
dénicher les poussières,
Presque invisibles,
qui se terrent sur les sols.
Ma raison d'être est
de faire la grande guerre
Au miasmes cachés
capables de vérole.
Savamment je les capte
et je vous les enrobe ;
Escaliers, terrasses,
parquets, je m'y connais !
Avec ma tignasse
j'attrape ces microbes
Que vous allez brûler
ou jeter aux remblais ;
Votre progrès, hélas,
m'a beaucoup détrôné,
Vous avez inventé
d'affreux aspires tout
Qui, de loin,
dépassent mes possibilités
Alors je ne suis plus
qu'un banal bouche trous !
Dans un noir débarras
je suis au désespoir,
Mon inactivité me
pèse. J'aimais tant
Dépoussiérer, c'était
mon lot ! C'était ma gloire !
Et me voici dans un
remblai triste et puant
D’où j’entends l’autre
qui fait tout en un rien de temps
.M. Gérard.
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Yvette De
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