Texte de M Gérard

 

 

Les nues et les enfers. 

 

Au milieu de la nuit une muse est venue

Dans mon étrange rêve. Elle m'a secoué

Puis elle m'a dit, prends ton papier, ton crayon,

Va dans le monde, parcours les étendues

Où se confondent les richesses protégées

Et les misères qui attristent les nations

 

Je suis alors parti dans une autre vision

Et tout en dormant j'ai vu de spacieux domaines

Où rien ne manquait, pas même le superflu..

Il y avait des ors, de bruyants carillons,

Des musiques de chambre et de grosses bedaines ;

Tout un monde qui se gorgeait de trop-perçu.

 

Des monopoles, des privilèges, encore

Des paradis dorés avec laquais aux ordres,

Et aussi des tapis d'Orient en haute laine ;

Des conforts absolus nantis de coffres forts

Sous la garde d'armée toujours prête à distordre

Les crèves la faim qui viendraient tendre la main !

 

Un peu plus bas j'ai vu d'autres catégories

Qui, sans déborder de fruits, étaient bien à l'aise ;

Des conforts moyens qui nageaient dans l'abondance

Et aux sources même des produits de la vie.

Allant allégrement, sans problème de pèze,

C'était le monde des classes sans indigences.

 

Des peuples heureux  qui ne manquaient pas d'ouvrages

Ni de pain ; Des peuples entreprenants et forts

Qui avaient la chance d'être aux places de choix.

Ils avaient la santé, de solides bagages,

De l'élan et des bras assez longs pour l'essor ;

Des gens qui marchaient droit et sur les bonnes voies.

 

Mais hélas l'échelle descendait, bien plus bas.

Dans l'épaisseur de la misère et des déveines

Elle allait jusqu'aux trous noirs les plus insondables ;

De sombres abîmes loin des alléluias

Où grouillait un monde perdu et dans la gêne ;

C'était une vision triste et insupportable !

 

A l'heure où j'écris je vois encore ces scènes,

Ces destins si divers, les nues et les enfers ;

Tout en haut un gratin pourri et jubilant

Puis la normalité en dehors des gangrènes

Et la grande mouïse des peuples sans affaires :

Tourbillons d'ors et de boues ; Très profondément

J'ai l'impression d'un gâchis déshumanisant !

M. Gérard.

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Yvette De France