Texte de M Gérard

 

 

TEXTILES ENFIEVRES !

 

 

Un pantalon sans vétusté,

Un jour, se trouva nez à nez,

Dans une machine à laver,

Avec une jupe plissée

Toute fringante et agitée;

-       Oh ! tu ne m'es pas étranger

Dit la jupette émoustillée.

Mais où donc t'ai-je rencontré ?

N'était-ce pas dans le grand pré ?

Où au bal de la charité ?

Où au pied de ce lit soûlé

De noces sans cesse fêtées ?

- en chacun de ces lieux cités

Nous nous sommes souvent frôlés,

Dit le pantalon excité ;

Que de fois tu m'as affolé,

Je n'avais qu' à te contempler

Pour aussitôt me boursoufler.

Dans le tambour motorisé

Qui les envoyait valdinguer,

Ils se trouvèrent rapprochés.

Les autres linges malaxés,

pudiques, s'étaient écartés,

Alors ! d'une jambe assurée

Le pantalon tout humecté

Enlaça la taille cambrée

De la jupette sublimée ;

Tendrement il a folâtré

Et la finaude s'est lovée

Dans la lessive  parfumée.

Brûlants, d'une fièvre réglée

A plus de cinquante degrés,

Très échaudés, mais enchantés

Ils se sont alors mélangés

Et se sont tant entortillés

Qu'impossible de séparer

Ces amants textiles soudés

Dans la dernière eau de rincée

Et, de les voir  ainsi vautrés

Et tellement amourachés

Qu'ils en étaient tous chamboulés,

Des jurons furent proférés

Mais, je suis prêt à l'affirmer,

Des  larmes, aussi ont coulé

Quand hélas on les a jetés,

Vulgaires torchons chiffonnés

Qui allaient être triturés

Pour finir en ce beau papier

Que, maladroit, je viens d'encrer !

M. Gérard.

....

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Yvette De France