Reynald

 

Voici la lettre posthume de Reynald

jeune français de 31 ans

 

 

Chers collègues et amis.

J'avais trente et un ans, un père, une mère qui m'aimaient et que j'aimais, une petite amie que j'aimais, avec qui je fondais des projets de foyer, d'enfants... des coéquipiers qui m'appréciaient et que je j'appréciais, des amis avec qui je partageais plein de joies.
J'étais policier!
Mon grade?!
Gardien de la Paix...
J'étais de la 11ème CI, en ULI.
La Paix
La paix, je l'ai gardé  sans jamais l'avoir trouver.
Pourtant je m'efforçais de la garder, de la maintenir... pour mes proches, mais aussi pour mes concitoyens. Ces "citoyens" qui m'ont crachés dessus, qui m'ont insultés, parfois même violentés

Ce soir, vers 21h00, un d'entre eux, aidé par d'autres "citoyens", un "brave citoyen" comme disent certains donc, un de ceux que nos lois, nos magistrats
, nos "citoyens", nos associations, nos bien-pensants et parfois même que certains des fonctionnaires de polices protègent; et par la force des choses que notre Etat protège... Un d'entre eux, disais-je m'a lâchement assassiné.


Comment???
Non, il n'était pas armé! Non, il ne m'a pas foncé dessus avec un véhicule "emprunté illégalement"! Il m'a simplement poussé sous le vérin  d'un manège qui va me décapiter sous les yeux de mes collègues impuissants.
Pourquoi???
Comment vous dire
J'intervenais sur une rixe entre jeunes, qui, non contents de s’amuser gratuitement portaient des coups au forain propriétaire du manège et en présence de la foule  nous prirent à parti mes collègues et moi
j’ai eu moins de chance qu’eux voilà tout!

Le plus "curieux", c'est que ma mort ne fait l'objet que de quelques lignes dans les feuilles de choux qui se disent journaux d'informations.

Ah!  J’allais oublier, il s'agit bien évidemment d'un accident

Que mes collègues sous l'effet de la peine, de la surprise, du choc, n'ont pas encore réagit! Ils n'ont manifesté ni mécontentement, ni colère, ni ras-le-bol... Pas même un «ça suffit » Pas de marches silencieuses ou des manifestations... Pas des interventions télévisées de nos gouvernants très émus...
c'est étonnant, ça non? Surtout quand on sait que deux "jeunes désoeuvrés" morts dans un transformateur en novembre 2005 avaient suffit à déclencher de longues nuits d'émeutes, de vandalismes et d'innombrables violences Je ne vous raconte pas tout ça pour vous faire pleurer sur mon sort ni vous inciter à la vengeance et encore moins à vous enjoindre à démissionner!
Non, collègue!
Je t'écris simplement pour te dire que si tu n'y prends pas garde, tu seras peut-être le prochain Ce sont tes collègues qui pleureront de n'avoir rien pu faire, C'est chez toi que le téléphone sonnera pour annoncer à ta femme que tu es décédé dans l'exercice de tes fonctions. C'est à ta famille que l'on remettra le drapeau, symbole de nos couleurs et des valeurs que tu as défendu au prix de ta vie. C'est à tes parents que l'on donnera tes deux belles médailles "en chocolat" pour le titre de chevalier de la légion d'honneur et d'acte de courage et de dévouement, à titre posthume bien entendu.
Avec un peu de chance tu passera peut-être même brigadier ou officier (toujours à titre posthume)
C'est pour ton fils, ta fille que les collègues verseront la cotisation à l'orphelinat de notre institution... C'est à tes collègues que l'on dira d'éviter les contrôles dans le secteur ou tu seras MORT, ce dans le but bien évident de ne pas provoquer" ces pauvres petits, et par la même occasion empêcher qu'un autre collègue comme toi ou moi ne commette une "bavure"...
Eh oui! Mieux vaut que tu décèdes sous les coups, les balles ou les roues d'un véhicule...
Cela suscitera toujours moins d'émotions que si un "citoyen" désoeuvré trouve la mort après nous avoir tiré dessus ou bien après avoir essayé d'échapper à un contrôle de routine
Voilà, Collègue
Je ne m'attends pas à ce que tu ailles manifester, à ce que tu  deviennes plus professionnel lors de "l'exercice de tes fonctions", à ce que tu sois plus solidaire de nos collègues à ce que tu fasses ce qui est nécessaire pour que cela ne se reproduise plus jamais, ni même à essayer de réunir le maximum de collègues pour les en
convaincre.
Non, non. Loin de moi de croire que ma seule mort suffirait à changer tout ça.
J'espère simplement que tu apprendras à en faire le moins possible, à ne plus t'exposer, à étouffer ta fierté et ton honneur dans le silence, la bêtise, la lâcheté, la collaboration, le suicide, voir même l'alcool ou la drogue pour les plus loques d'entre nous.
Eh oui c'est aussi ça la "Grande Maison", une "famille", "saine" "unie" et "soudée" comme un seul homme.
Il faudra aussi que tu apprennes à enduire ton anus de vaseline liquide  c'est plus efficace), à bien le dilater sinon c'est plus douloureux, et ce pour chacune de tes convocations à l'IGS ou au tribunal car pour nous autres, la présomption d'innocence n'existe pas ou alors il faudra que tu dénonces tes collègues.
Je te rassure, il ne faut pas t'en faire pour moi.
Là où je suis, j'ai enfin trouvé la paix... Plus de risque de me faire insulter, violenter, dénoncer et accuser injustement...
Ma fiancée va sûrement recevoir le chèque de soixante euros prévu pour les décès de collègues en service...
Ma mère pourra essuyer ses larmes dans le drapeau qu'elle aura reçu...
Mon père rangera mes deux médailles sur l'étagère du salon... Mes collègues feront une quête pour une belle couronne... Le préfet organisera sans doute une belle cérémonie...
Seront présents beaucoup d'officiels, n'oublie pas que nous sommes en période d'élection ultime, ils seront légion ceux qui profiteront de mon oraison pour grappiller quelques secondes sur chaîne de télé ou quelques lignes dans les torchons...
Les bien-pensants ou "citoyens" "sympathisants" diront il ne faisait que son travail c'est normal, ou alors c'est bien fait pour lui il n'avait qu'à pas martyriser ces pauvres jeunes qui venaient s'amuser... Et puis pour une fois que c'est un flic qui se fait tuer, on ne va pas en faire un fromage.
A ceux là je réponds : rassurez-vous personne n'en fera un fromage, pas même un petit crottin....
Ceux qui m'ont assassiné courent toujours! dans leur cité, ils doivent parader en criant on a fumé un keuf. Et ils seront respectés par tous les petits autres jeunes "désoeuvrés" qui les considéreront comme des héros... Et pour les rares collègues qui n'auraient pas compris, qui les interpelleront, qui recevront des coups, des crachas, des insultes  et qui utiliseront la force strictement proportionnelle et nécessaire; on dira: mais qu'avez vous fait?  Vous  allez provoquer une émeute, vous êtes fous?  en période d'élections en plus.
J'en ai fini avec toi collègue, comme j'en ai fini avec ma vie! Je te laisse donc retourner à tes occupations et je te dis. Ma dernière volonté est que tu fasses passer ce message au plus grand nombre de collègues possible.
Merci Reynald

Moi je ne t'oublierai pas et je ferai passer ton message autant qu'il le sera nécessaire

Yvette Nico

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