Requiem en sol mineur.

 

 

La lune n’est pas encore couchée, mais lève-toi mon ami.

Le coq n’a pas encore chanté, il faut aller gagner ta vie.

Embrasse ta compagne endormie, fait une caresse à ton chien,

Borde le lit à tes petits, c’est peut-être ton dernier matin.

 

Tu n’y penses pas, c’est bien normal, tu as perdu le goût du sentiment.

Va trimer comme un animal, c’est aux enfers que tu descends.

Et pendant ce temps-là tout là-haut, le soleil inonde les clairières,

Le vent du Nord secoue la bruyère, on entend le chant d’un oiseau.

 

Quand tu seras au fond du trou, suffoquant dans la poussière,

Avec de l’eau jusqu’aux genoux, à quoi penseras-tu mon frère ?

Que tu n’étais qu’un galibot, lorsque tu vis tomber ton père,

Qui en faisant éclater la pierre, un soir y trouva son tombeau.

 

Et si parfois tu perds courage, que tu te sens devenir amer,

Va, cherche du côté de l’abattage, une croix est gravée dans la pierre.

Et pendant ce temps-là tout là-haut, le soleil inonde les clairières,

Le vent du Nord secoue la bruyère, on entend le chant d’un oiseau.

 

Lorsque les puits se fermeront, la vie prendra une autre voie,

Et ce n’est pas sans émotion, Qu’au pays noir tu reviendras.

Assis à l’ombre d’un terril, tu reverras tous tes amis,

Qui dans les tailles sont restés, emmurés pour l’éternité.

 

Oubliant ce que fut ta misère, tes pas te guideront là-bas,

Sur les lieux mêmes de ton calvaire, pour refaire ton chemin de croix

Et pendant ce temps-là tout là-haut, le soleil inonde les clairières,

Le vent du Nord secoue la bruyère, on entend le chant d’un oiseau.

 

 

Un Mineur de Fond (du Nord)...

 

 

Dellasta Marcel

 
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