Poésie

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REGRETS

 Derrière la vitrine qui protège mes yeux,
Je regarde mon passé dont le film se joue
Au travers des verres qui semblent cacher mes yeux.
Nouveau et serein, je reste là, debout.

Brille soudain l'espoir d'un monde merveilleux,
La place que prend alors cette histoire devient mon destin.
C'est ainsi que se chargent mes yeux
D'eau salée, qui doucement caresse mes joues.

J'ai tant appris, sans vraiment tout comprendre,
De ce chemin parsemé de piège et d'embûches,
Franchi, sans attention à ce monde, cette ruche,
Qu'il est devenu si difficile de surprendre !

C'est quoi la vie, au milieu de tant de haine et de guerres ?
Croyants ou non, les âmes sont perdues, mises à part,
Ne sachant vers lequel des saints se tourner en prière,
Elles errent maintenant ailleurs, au centre de nul part.

Temps perdu pour certains,
Vie soi-disant bien remplie pour d'autres,
Quel est-il donc le vrai chemin ?
Lequel doivent prendre ces drôles d'apôtres ?

A présent, je regarde avec tendresse les miens.
Grandis, ils vont prendre enfin leur chemin.
Sera t-il le bon, vraiment je n'en sais rien,
Car c'est là que va bientôt s'arrêter le mien.

 

La classe

 

 

 Je me revois encore paré de ma blouse grise,

Récitant, hésitant avec mon regard fuyant,

Debout dans l’allée au parquet ciré,

Une fable de la Fontaine apprise de quelques jours.

 

Détenteur unique de matière grise,

Austère, son regard froid nous transperçant,

Guettant la phrase mal accentuée,

Comme figé, le dos tourné, face à la cour.

 

Je me vois encore fixant le tableau noir,

Il écoutait sa classe, le regard furibond,

Le maître, l’instituteur aux mille fonctions,

Chargeant ensuite nos cartables de devoirs.

 

En classe, il nous fallait tout savoir,

Se tenir droit comme un mur de maçon,

Répondre sans faille aux questions,

Pour, disait-il, accéder au savoir.

 

Il nous fallait tout apprendre,

Ensuite on devait tout comprendre,

Réciter par cœur  fables et multiplications,

Savoir écrire sans faute dans une composition.

 

Qu’en est-il maintenant ?

On abrège sans hésitation,

Tous ces mots appris antan

Et cela même sans conjugaison !

 

Où se trouve donc la raison ?

 

 

Petit oiseau

 

 

Tu viens chaque matin,

Picorer dans mon jardin,

Insectes et vermisseaux,

T’abreuvant ainsi par saut.

 

Tu jacasses comme pour nous avertir,

D’une imminente venue,

Sur nos terres ensemencées,

Tu picores sans retenue.

 

Actionnant ton œil apeuré,

On te laisse à ta pitance,

Rassasié, tu t’élances

Dans le ciel au milieu de tes amis.

 

Piaillant jusqu’à la tombée de la nuit,

Le lendemain tu reviens

Moins farouche chaque matin,

En famille, tu arrives pour ton repas,

 

Sans faire un seul dégât.

C’est à mon tour de t’attendre

Toi et les tiens

Te conviant à un festin.
 
 
 

Dernier souffle

 

 

Sur le seuil de la porte de sa vie,

Où jadis, il l’avait franchie,

Portant dans ses bras sa mie,

Au regard de tous ses amis.

Depuis longtemps il n’a plus la force,

S’en sont allés aussi les plus féroces,

Dans un bois simple et sans écorce,

Accompagné des leurs dans un dernier carrosse.

Il ressasse sans cesse son histoire,

Dans un vieux grimoire,

Qu’il emplissait chaque soir,

À la plume chargée d’encre noire.

Il voudrait rattraper le temps,

Se rappelant de tous ses printemps,

Faisant une halte auprès de ses enfants,

Qu’il ne voit plus depuis longtemps.

À quoi sert alors un papa ?

Si ces enfants ne s’en occupent pas !

Maintenant il avance à petits pas,

Vers ce lieu de trépas.

C’est en silence qui dit adieu,

Un voile se met devant ses yeux.

En énergie, il fut aussi un dieu,

Maintenant c’est fini, il est devenu vieux.

Il emprunte le dernier chemin,

Celui qui le mène auprès des siens,

Pour arriver dans le sein des saints,

Sans pouvoir dire à demain.

Maintenant il attend sagement,

Que cessent ainsi tous ses tourments,

Clin d’œil à sa vie faite d’acharnements,

Fut-il un bon parent ?

 

 

 

Les vétérans.

 

Dans les yeux des hommes valeureux,

L’on y distingue la couleur de larmes,

Que réveillent des souvenirs douloureux,

Dont le son est celui des armes.

 

Ils ne sont plus guerre nombreux,

Ces hommes libérant un pays en guerre,

Il faut leur rendre un hommage chaleureux,

Exauçant ainsi leurs prières.

 

Avec la peur au ventre mais bardés de courage,

Maintenant les peuples se sont réunifiés,

Se congratulant sans pour autant oublier,

Qu’un jour ils débarquèrent sur ces plages !

 

Quelques vétérans, encore présents,

Racontent toujours l’histoire d’un passé

Qui, pour beaucoup, semble n’être qu’un roman,

Et qui pourtant, s’est effectivement déroulé.

 

Dans ces lames en ressort encore de la tristesse,

Que l’on distingue parfaitement sur les images,

Présentées trop vite, presque en vitesse

Pour ensuite montrer un ciel sans nuage.

 

Ils sont tombés pour nous délivrer,

D’un mal qui aurait pu tous nous décimer,

Un extrême qu’il fallait vacciner,

Pour qu’il ne puisse jamais recommencer !

 

Maintenant ils se sont serrés la main,

Aujourd’hui nos dirigeants viennent de déclarer,

À la face du monde que se sont des lendemains,

De vraies promesses et d’une réelle amitié.

 

 

Le sablier du Temps !

 

 

On s’accroche au tablier du désespoir

Comme pour défier l’avenir

Faisant comme devant un miroir,

Cherchant à trouver autre chose que du plaisir.

 

Étouffés par le spectre du passé,

Les souvenirs  à la pelle, sont charriés,

Pour se rappeler qu’il faut réagir,

À la face du monde et sans en rougir.

 

Ils ont faim de vivre,

Ceux qui s’approchent de la grande porte !

Ils ont soif d’espérance, qu’importe,

Puisqu’ils ont fini de vivre.

 

Soudain ils s’éteignent !

Leurs proches sanglotent,

Et de souvenirs s’imprègnent,

De ce froid, ils en grelottent.

 

Son âme s’est envolée,

Vers des cieux plus cléments,

Laissant ainsi leurs aimés,

Face à leurs tourments.

 

Senteurs

C’est au printemps que tu te manifestes, clairets,

Belle fleur aux chaudes couleurs et aux mille reflets,

Ton parfum qui, pour longtemps encore, sera exploité,

Envoûtant tant d’hommes, ô combien exaltés !

 

Tu seras ainsi portée par les plus belles,

De la plus fine à la plus enveloppée, toujours éternelles,

Les senteurs du printemps venant ainsi caresser,

Les conduits du désir pour celles qui vont être aimées.

 

Ces effluves odorants sont des accroche-cœurs,

Pour ceux qui veulent montrer leurs ardeurs,

Offrandes, enthousiasme débordant et mille promesses,

De nuits chaudes emplies de douceur et de caresses.

 

Tu attises les plus bourrus d’entre nous,

Les faux durs et même les casse-cou,

Par la simplicité de ton parfum naturel,

La plus noble des senteurs éternelles.

 

M.Girardin

Sortie

 

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